Insta-drame.


Les réseaux sociaux occupent désormais une place importante dans la vie de plusieurs milliards d'utilisateurs à travers le monde. Certains les utilisent à des fins personnelles et privées; d'autres pour le réseautage professionnel uniquement; d'autres encore conjuguent les deux. Quoi qu'il en soit, ils modifient insidieusement certains de nos comportements. D'ailleurs, l'utilisation croissante du vocable « influenceur/influenceuse » est lourde de sens.


L'importance de la présence en ligne pour les entreprises.

Les réseaux sociaux représentent une stratégie digitale et marketing capitale pour les entreprises puisqu'ils permettent de toucher leur coeur de cible en un minimum de temps. Il y a probablement autant d'avantages que d'inconvénients liés à l'utilisation de ces réseaux. Pour ma part, je les fréquente uniquement à des fins professionnelles.

Je dispose d'un compte perso Facebook qui me sert de passerelle vers ma page professionnelle et l'histoire s'arrête là. Probablement une histoire de tempérament. Je dispose également d'un compte professionnel Instagram qui ne me sert exclusivement à exposer et promouvoir mon travail. Je n'ai pas « vraiment » le choix.

J'ai fini par me plier à l'exercice de la présence en ligne. En toute franchise et transparence, je subis ce nouveau formatage 2.0 .

« On a toujours le choix! », me direz-vous.

Dans les faits, le sujet est plus délicat.

De nos jours, une présence digitale est nécessaire puisque presque tout se passe désormais sur la toile et qu'une grande majorité des membres connectés consultent leurs comptes de manière quasi frénétique.

Entre les notifications reçues sur smartphone, la sensation de potentiellement passer à côté d'une info importante, l'habitude de consulter du contenu en ligne voire l'addiction aux réseaux, les 15 mn de trajet en métro, l'ennui, l'attente etc... presque toutes les raisons ou excuses sont bonnes pour succomber à la tentation de dégainer son téléphone et checker son fil d'actu' en quête d'un post divertissant et au mieux intéressant.

En tant que créatrice et micro-entrepreneur , les géants Facebook et Instagram sont effectivement d'excellents vecteurs de communication et de publicité pour mon activité. Je suis certaine que 80% d'entre vous ont pu découvrir mon travail de cette manière et je ne peux que me réjouir d'une telle puissance de communication.

Là où le bât blesse, c'est justement cette impérieuse nécessité d'avoir recours aux réseaux sociaux pour espérer se faire connaître un minimum, vivre son fameux « 15 minutes of fame » afin de tirer son épingle du jeu et voir son activité professionnelle prendre une belle ampleur.

[Vous remarquerez que je me focalise ici sur l'utilisation des réseaux à des fins pro mais la transposition au quidam est du même acabit. Que recherchons-nous lorsque nous postons des photos ou vidéos de notre vie quotidienne, les exposant ainsi à la vue de parfaits inconnus? Soyons honnêtes, il y a toujours un rapport narcissique sous-jacent.]

Dictature du chiffre, de la présence et de l'image

Il faut massivement diffuser du contenu de qualité pour trouver grâce aux yeux des impitoyables algorithmes, il faut que ce contenu génère un taux d'engagement acceptable pour ne pas tomber dans les oubliettes, il faut « balancer » des visuels qui vendent du rêve. Il faut paraître.

Paraître, oui voilà, c'est ça. Le fond importe souvent très peu. C'est la forme qui prime sur tout le reste. Or, je ne m'y reconnais pas et je sens que j'ai atteint ma limite de fréquentation et d'utilisation : Instagram est ma bête noire.


L'angoisse du compteur

Je bosse, je couds, je partage mon travail pour le faire connaître et tout simplement vivre de mon artisanat Je pensais naïvement ne jamais être impactée psychologiquement par le nombre d'abonnés à mes comptes parce que dans la partie privée de ma vie, je suis une grande solitaire qui a en horreur d'être exposée sur la place publique et qui se tient loin du tape-à-l'oeil. Chimère! Je suis humaine, femme, citoyenne, maman, épouse, moi et ,en plus d'avoir trois bouches à nourrir, j'ai finalement une part d'égo à flatter, aussi infime puisse t-elle être.

Le nombre de likes et le nombre d'abonnés conditionnent étroitement mon chiffre d'affaires et, par extension, mon moral et la perception que j'ai de mon travail et de mes compétences.

Une photo postée qui attire un peu moins l'oeil [ et qui suscite donc moins de réactions] et je sais que ma semaine de travail à venir sera ruinée, que mon chiffre d'affaires fera clairement la gueule, que mon compte Insta' perd instantanément des dizaines de followers et que je vais passer les 15 prochains jours à ramer, à mettre les bouchées doubles pour ne pas me faire prendre dans la spirale de la dégringolade médiatique et à me demander ce que j'ai fait de mal, ce que je dois améliorer pour rectifier le tir etc... Je vais même en arriver à me dire que ce que je fais est nul, sans intérêt, que je ferais mieux d'arrêter. Oui, les réseaux sociaux peuvent sérieusement et grièvement impacter l'estime de soi.



Tout ce qui brille n'est pas or.

De toute évidence, sur les réseaux sociaux, il est important d'afficher une grosse communauté sinon vous n'êtes pas grand chose. Le fameux « K » situé à droite d'un chiffre est dans l'inconscient collectif synonyme de qualité, de réussite et de tendance à suivre. Puisque la forme prime sur le fond, un compte mentionnant 20k de followers est plus attirant qu'un petit compte. Je remarque et déplore le fait que l'auditoire semble n'en avoir que faire de savoir si le gros compte est authentique ou si la communauté est factice et artificiellement gonflée à base d'achats d'abonnés en vue d'obtenir plus de partenariats ou juste combler un manque de confiance en soi longtemps refoulé... [ à méditer ]


Petite renommée auto-attribuée et abolition des barrières

Vaste sujet, gros débat, gros coup de gueule, grand ras-le-bol, grosse blague

Il ne se passe pas une seule journée sans que je reçoive des dizaines de demandes de partenariats à m'en filer le tournis. Je suis loin d'être un cas isolé. Mes consoeurs me rapportent quotidiennement les mêmes faits. J'ai même souvent l'impression de lire des copiés-collés : « Bonjour, je suis blogueuse et influenceuse [ … ] j'ai une communauté de XXXXX followers ( note de l'auteur : l'influenceuse a généralement acheté les ¾ de sa communauté, hein! Quant au blog, s'il en existe un, hum... un ramassis de conneries.) et j'adore tes créas [ … ] et comme je vais bientôt être maman je te propose un partenariat [ … ] j'aimerais bien avoir tel modèle de gigoteuse [ et ceci, et cela] et en échange je posterai une photo de tes créas pour les montrer à ma communauté... »* *Cet exemple est la version polie des messages reçus.

La vie est belle au royaume de M. ZUCKERBERG. Il n'y aurait qu'à envoyer un petit message pour faire son shopping gratuitement. [ et moi, je bouffe quand et comment avec ton caprice de no life?]

"Clap de fin"

Vous l'aurez compris, les réseaux sociaux sont pour moi très anxyogènes. Certes j'y ai fait quelques belles rencontres humaines enrichissantes qui ont donné naissance à des relations amicales sincères et qui se sont par la suite développées ailleurs que sur un fil d'actu'. Mais la pression de la rentabilité est toujours là, logée dans un recoin de cerveau. Le diktat de l'immédiateté et de l'omniprésence en ligne me pèse. Définitivement, je sais que je n'aime pas l'époque que nous traversons.

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